De Montevideo-1930 à Doha-2022.. histoire d'un Mondial riche en événements (1ère partie)

Depuis la première édition organisée en 1930 en Uruguay, la Coupe du monde de football n'a cessé d'offrir aux fans du ballon rond un spectacle de haut vol et riche en émotions, se forgeant au fil des éditions, une histoire faite de rivalité, de passion et de rage de vaincre. Tout au long de son épopée, le trophée le plus convoité par toutes les nations a ainsi vu naître des puissances footballistiques ayant dominé leur époque avant que leurs flammes ne s'éteignent pour céder la place à d'autres écoles émergentes, qui se sont imposées grâce à de nouveaux styles de jeu et à des joueurs légendaires, ayant émerveillé le public par leur qualité technique, gravant ainsi leurs noms en lettres d'or dans les esprits de centaines de millions de spectateurs dans le monde entier.
L'histoire du Mondial, c'est également l'histoire de l'humanité, puisque l'organisation de cette grand-messe footballistique a été largement marquée par les grands événements qui se sont succédé dans le monde à des époques différentes, entre autres, la Guerre mondiale et la Guerre froide. Ces événements font désormais partie passé, mais la Coupe du Monde, qui se nourrit de l'enthousiasme énigmatique des humains pour le football, résiste ardemment aux aléas du temps.
- 1930: LE TROPHEE RESTE A MONTEVIDEO.
L'organisation de la première Coupe du monde fut confiée à l'Uruguay, meilleure nation de football à l'époque et vainqueur aux Jeux olympiques de Paris (1924) et d'Amsterdam (1928). Elle coïncidait, d'ailleurs, avec les fêtes du centenaire de l'indépendance de la république du Rio de la Plata. Mais, la pénible traversée de l'Atlantique et la durée du tournoi (13 au 30 juillet 1930) provoquèrent de nombreuses abstentions. Finalement quatre nations européennes, la Belgique, la France, la Roumanie et la Yougoslavie s'embarquèrent pour Montevideo, où les attendait une coalition américaine: l'Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, le Paraguay, le Pérou, l'Uruguay, le Mexique et les Etats-Unis.
En toute logique, les Sud-américains dominèrent les débats et on assista à une finale explosive Uruguay-Argentine. Au repos, les Argentins menaient 2-1, mais les Uruguayens, en meilleure condition physique et encouragés par la majorité des 90.000 spectateurs, marquèrent à trois reprises dans la seconde partie du match. L'équipe céleste n'a fait que perpétuer son hégémonie.
- 1934 : LA VICTOIRE DES HOMMES DE DUCE.
Absente lors de la première coupe du monde, l'Italie abrita la 2-ème édition en 1934 (27 mai-10 juin), sous les ordres de Mussolini qui cherchait à embellir son image. Les intérêts sportifs et financiers se doublaient désormais d'une grande pression politique. Quelque 32 nations étaient engagées et il fallait organiser des éliminatoires pour ramener à 16 le nombre des équipes participantes, parmi lesquelles figurait l'Egypte. La grande surprise fut l'éviction de la Yougoslavie, après un match nul (2-2) contre la Suisse et une défaite (2-1) devant la Roumanie.
L'Uruguay, tenant du trophée, avait décidé de ne pas défendre son titre. Le dimanche 10 juin, toute l'Italie retenait son souffle. La "Squadra Azzura", vainqueur de l'Autriche sur le score étriqué de 1-0, devait affronter en finale la Tchécoslovaquie, brillante vainqueur de l'Allemagne (3-1). Ce match, qui s'est déroulé dans une ambiance passionnante au stade Del Partito à Rome, fut longtemps indécis. De la 68-ème à la 82-ème minutes, la Tchécoslovaquie mena au score par un but de son ailier gauche Puc. C'est l'Italo-argentin Orsi, également ailier gauche, qui égalisa et l'avant-centre Sohiavio qui donna la victoire aux "Azurri" cinq minutes après le début des prolongations.
- 1938: L'ITALIE RECIDIVE.
Cette 3ème édition, organisée en France du 4 au 19 juin 1938, a connu un immense succès populaire avec la participation de quinze nations. L'Espagne, l'Argentine et l'Uruguay s'étaient abstenus, tandis que la Yougoslavie et le Portugal, entre autres, ne passèrent pas le cap des éliminatoires, qui avaient réuni 32 engagés. Comme en 1934, cette 3ème édition fut disputée selon le système de coupe. Pour la première fois, le pays organisateur et le tenant du titre sont qualifiés d'office. Au cours de cette édition, le public français va pouvoir découvrir le jeu d'instinct et d'adresse de la sélection brésilienne, grande attraction du tournoi. En demi-finale, les Hongrois, meilleurs techniciens, disposèrent par 5-1, des Suédois.
L'Italie, plus efficace, l'emportait par 2-1 face au Brésil, marqué par ses deux rencontres contre la Tchécoslovaquie et qui avait aussi commis l'erreur de laisser au repos en vue de la finale, son "diamant noir", Leonidas, auteur de 4 buts contre la Pologne au premier tour (6-5 pour le Brésil). En finale, le réalisme italien a primé et la "Squadra Azzura" était assurée du doublé, après avoir pris le meilleur par 4-2 sur la Hongrie, l'une des plus grandes équipes nationales dans l'histoire de la Coupe du monde. En s'adjugeant la 3-ème place aux dépens de la Suède (4/2), le Brésil confirma la valeur de son football.
- 1950 : L'URUGUAY REUSSIT UN HOLD-UP AU MARACANA.
Après une absence de 12 années, à cause de la deuxième guerre mondiale (1939-1945), le titre est remis en jeu. Cette première épreuve d'après guerre est confiée au Brésil. La guerre ayant interrompu le rythme quadriennal de la compétition, la hiérarchie mondiale n'est plus claire. L'Italie, vainqueur des deux dernières éditions, est affaiblie par la disparition tragique de plusieurs de ses joueurs clés dans la catastrophe aérienne de Superga. Après plusieurs forfaits, treize équipes seulement se mesurèrent lors de cette édition que devait abriter le mythique stade de Maracana, construit spécialement pour cet événement.
Les abstentions les plus notoires furent celles de l'Autriche, de l'Argentine, de la Belgique, des Pays-Bas, de l'Ecosse et des pays de l'est européen dont l'Union soviétique. La France, repêchée après son élimination par la Yougoslavie, renonça également. Par contre, l'Angleterre, berceau du football, était présente. L'épreuve fut disputée selon la formule de championnat avec quatre poules, dont les vainqueurs respectifs étaient appelés à jouer une poule finale. Le classement est établi par addition de points. Avec treize pays finalistes, seulement deux groupes de quatre sont constitués avec le Brésil, la Yougoslavie, la Suisse et le Mexique, d'une part, et l'Angleterre, l'Espagne, le Chili et les Etats-Unis, d'autre part. Le 3-ème groupe se composait de l'Italie, de la Suède et du Paraguay, tandis que l'Uruguay et la Bolivie étaient seuls dans le quatrième. Après avoir facilement pris le meilleur sur le Mexique (4-0), le Brésil se fit, à la surprise générale, "accrocher" par la Suisse (2-2). Il se reprit face à la Yougoslavie (2-0) et s'assura la première place de son groupe.
L'Uruguay écrasa la Bolivie sur le score sans appel de 8-0 pour se qualifier en un seul match pour la poule finale (trois matches décisifs), qui regroupa également l'Espagne et la Suède. L'Italie et l'Angleterre sont les deux surprenants absents de ce tour. Après une semaine de récupération, les Brésiliens se sont déchaînés. Ils réussissent un incomparable festival offensif face à la Suède (7-1), puis contre l'Espagne (6-1). Un match nul face à l'Uruguay, tenu en échec par l'Espagne (2-2) et vainqueur de la Suède 3-2, aurait suffi alors aux Brésiliens pour décrocher la coupe. Devant 220.000 supporteurs, les Brésiliens dominèrent en première mi-temps, avant d'inscrire le premier but à la 46-ème minute par leur ailier droit Friaca. Nullement impressionnés, les joueurs uruguayens, déterminés et accrocheurs vont revenir à la marque à la 65-ème minute par Schiafino. A onze minutes du sifflet final, l'ailier droit Gigghia porte le coup de grâce en faveur de l'Uruguay. Tout un pays est en deuil. Les Uruguayens, eux, ne s'en souciaient guère et partaient pour un tour d'honneur dans un stade désert.
- 1954 EN SUISSE : LE REALISME PAYANT DES ALLEMANDS.
Après la folie du stade de Maracana, la coupe Jules Rimet retrouva l'Europe et une ambiance plus mesurée en Suisse. Ce 5ème championnat du monde connut une participation plus importante (38 nations) que les éditions précédentes, dont des pays asiatiques et africains. La dimension véritablement mondiale de l'événement est justifiée. Les seules abstentions notables furent celles de l'URSS et de l'Argentine, laquelle n'avait pas pris part à l'épreuve de 1938, ni à celle de 1950 qui s'était déroulée pourtant sur le continent américain. La phase finale rassemblait 16 équipes, chiffre qui n'évoluera d'abord qu'en 1982, passant à 24 à l'occasion de la Coupe du monde en Espagne (6 groupes de quatre), tandis que la Coupe du monde de 1998 en France a regroupé 32 nations.
Les principales victimes de la compétition préliminaire furent l'Espagne, (écartée par un tirage au sort favorable à la Turquie) et la Suède, soit les deux équipes qui s'étaient affirmées comme les meilleures d'Europe, quatre ans auparavant, au Brésil. La formule du tournoi fut de nouveau modifiée : Quatre groupes de quatre équipes sont constitués au premier tour, dans le but de qualifier les deux premiers de chaque poule pour les quarts de finale (élimination directe). Dans chaque groupe, deux équipes, désignées comme têtes de série, ne se rencontraient pas. Un classement est établi à l'issue de deux matches seulement disputés par chaque équipe. En cas d'égalité de points, des matches d'appui sont programmés pour départager les deuxièmes ex-aequo. Au début de la compétition, la Hongrie de Puskas, Boszik et Koscsis, invaincue en 31 matches joués (depuis mai 1950/27 victoires et 4 nuls), écrasa successivement la Corée (9-0) et l'Allemagne (8-3), confirmant ainsi son statut de favori. En quart de finale, la Hongrie défait le Brésil (4-2).
Après sa déroute face à la Hongrie, l'Allemagne va faire un parcours sans faute et sans bruit, éliminant la Yougoslavie en quart de finale puis l'Autriche en demi-finale sur le score de 6-1. Les Allemands retrouveront leurs "bourreaux hongrois" en finale. Celle-ci intervient trois jours seulement après le match qui vit s'imposer difficilement la Hongrie (4-2) aux dépens de l'Uruguay, tenant du titre, au terme d'une prolongation éprouvante.
Les Hongrois débutèrent le match sur les chapeaux de roue, en menant par 2-0 (Puskas à la 6-è et Csibor à la 8-è). Les Allemands appliqués, homogènes et en parfaite condition physique résistaient tant bien que mal. Le public s'apprêtait à assister à une nouvelle démonstration. Mais les Allemands, qui opéraient avec détermination et sang-froid, comblèrent rapidement leur retard par Morlock (10è) et Rahn (18è) et parvinrent à jeter le doute dans l'esprit de leurs adversaires, qui ne s'attendaient pas à un tel retour au score. Très déterminée, la "Mannschaft" va même prendre l'avantage à six minutes de la fin du match. La Hongrie a bien joué, l'Allemagne a gagné, le football est confirmé comme un sport plein de mystères et de surprises.