De Montevideo-1930 à Doha-2022.. histoire d'un Mondial riche en événements (2ème partie)

De Montevideo-1930 à Doha-2022.. histoire d'un Mondial riche en événements (2ème partie)
Grâce à des joueurs d'un talent exceptionnel et au génie du "Roi" Pelé, âgé à peine de 17 ans, la "Seleçao" du Brésil imposera sa loi au monde entier lors de la Coupe du monde de 1958 en Suède. Ce fut le début d'une aventure qui se poursuivra jusqu'à Mexico-70.

- 1958: PELÉ MÈNE LE BRÉSIL VERS SA PREMIÈRE CONSÉCRATION.
Cette sixième Coupe du monde, qui se déroule en Suède, réunit enfin l'élite du football mondial avec l'Argentine (absente depuis 1934), qualifiée aux dépens du Chili et de la Bolivie, tandis que l'URSS faisait son entrée dans la compétition finale, après avoir triomphé de la Pologne et de la Finlande. Depuis le 16 octobre 1956, la Coupe du monde est orpheline de son père fondateur Jules Rimet, décédé à Paris à l'âge de 83 ans, mais ceci n'empêchera pas le monde du ballon rond de poursuivre son épanouissement. Quelque 53 pays avaient pris part aux éliminatoires, soit une participation record. Les éliminatoires servaient à designer les 14 pays qualifiés aux côtés du tenant du titre, l'Allemagne, et du pays hôte, la Suède, qualifiés d'office. De grosses surprises ont été enregistrées lors des qualifs, avec l'élimination de la Belgique, des Pays-Bas, de la Suisse, de l'Espagne, de l'Uruguay et de l'Italie
Dans le froid de la Scandinavie, sont nées les premières grandes stars du football moderne: Kopa, Fontaine, Charlton, Yachine, Garrincha, Vava et... le futur roi Pelé. Ce dernier a inscrit six buts dont deux en finale, qui consacrent finalement le Brésil champion du monde, après plusieurs déceptions. La grande révélation de cette édition fut la France. Avec leur trio d'attaque Kopa-Piantoni-Fontaine, les bleus vont recueillir tous les honneurs: meilleur buteur de l'édition et de toute l'histoire de la Coupe du monde avec Just Fontaine (13 réalisations), meilleure attaque (23 buts) et meilleur joueur, Raymond Kopa. Les Français terminent en tête de leur groupe au premier tour avec 11 buts en 3 matches.
Après leurs déconvenues de 1950 à 1954, les Brésiliens avaient à cœur de se racheter. Ils terminent premiers d'un groupe difficile avec l'Autriche (3-0), l'Angleterre (0-0) et l'URSS (2-0). En quarts de finale contre le Pays de Galles, les Brésiliens sont accrochés pendant soixante minutes. Il faudra un exploit personnel d'un jeune joueur de 17 ans pour que la "Seleca" se qualifie. C'est le premier but de Pelé en Coupe du monde. Une étoile est née.
En demi-finales, Pelé fera tomber les Français, qui ne parviendront pas à enrayer le festival offensif du jeune brésilien, auteur de 3 buts en 23 minutes. Le Brésil, une fois de plus, se retrouve en finale. Les artistes devront faire, cette fois-ci, face aux artisans suédois, solides et homogènes, tombeurs en demi-finales (3-1) de l'Allemagne, tenante du titre. Le 29 juin au Solna Stadion de Stockholm, les magiciens sont menés à la marque, pour la première fois depuis le début de la compétition sur un but magnifique de Liedholm à la 5-ème minute. Mais, ils ne s'affolent pas. Quatre minutes après, Vava n'eut qu'à pousser dans les filets un centre sec et précis de Garrincha. Ce but libérera les Sud-américains qui retrouvèrent leur maîtrise et se mirent à composer un véritable ballet devant une formation suédoise, qui se défendait avec acharnement.
A la 32e minute, Vava récidiva, sur un nouveau service de Garrincha, le meilleur ailier de l'histoire du ballon rond. Ce fut au tour de Pelé de sceller définitivement le score, d'abord sur un premier but, en conclusion d'un départ du tandem Vava-Zagallo, puis d'une détente extraordinaire pour reprendre de la tête un centre de Zagallo, auteur d'un 4e but auparavant (5-2).
Le Brésil est la première nation victorieuse du trophée en dehors de son continent. Au pays, c'est tout un peuple qui danse aux rythmes de la Samba.

- 1962: PELÉ BLESSÉ, LE MONDE DÉCOUVRE AMARILDO.
Le Brésil, pourtant privé de son joueur fétiche Pelé, s'envole vers son deuxième titre mondial consécutif lors d'une édition marquée par l'apparition du jeu dur. Cinquante-six équipes (nouveau record), dont celles du continent africain (Maroc, Tunisie, Ghana et Nigeria) ont participé aux phases qualificatives au cours desquelles la France et la Suède, deux équipes phares de 1958, ont été éliminées respectivement par la Suisse et la Bulgarie. Parmi les éliminés de marque figurent également le Pays de Galles (1/4 de finalistes en Suède), l'Ecosse et le Paraguay.
Cette édition a, par contre, enregistré le retour de l'Espagne et de l'Italie. Il y avait six qualifiés américains et dix européens pour les phases finales, au lieu de quatre et douze, quatre ans auparavant. Le premier tour sera malheureusement gâché par quelques matches trop engagés, à l'image des rencontres URSS-Yougoslavie, Chili-Italie ou République Fédérale d'Allemagne (RFA)-Suisse, et on aura à déplorer, en général, le renforcement de l'organisation défensive au détriment de l'attaque.
Le Brésil, tenant du titre, éprouvera quelques difficultés à faire étalage de son brio de l'édition précédente. La blessure de Pelé contre la Yougoslavie ne va rien arranger. Pour le héros de 1958, touché auparavant aux adducteurs contre la Tchécoslovaquie, la Coupe du monde est déjà terminée. Malgré tout, l'équipe emmenée par Garrincha et Zagallo, même si elle est moins tranchante qu'en Suède, est au rendez-vous des quarts de finale, alors que l'Uruguay, l'Argentine et l'Italie ont été éliminés.
Le Brésil disposera facilement de l'Angleterre (3-1), pour retrouver en demi-finales le Chili, victorieux de l'URSS (2-1) dans un match où le gardien soviétique Yachine fut méconnaissable. L'autre demi-finale mettra aux prises la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie, vainqueurs respectivement de la Hongrie (1-0) et de la RFA (1-0). La belle aventure du Chili prendra logiquement fin face au Brésil à Santiago (2-4), tandis que la Tchécoslovaquie bat la Yougoslavie (3-1).
Le Chili prend la troisième place en battant la Yougoslavie en match de classement (1-0). Juste récompense pour un pays qui, malgré les difficultés, a fait le maximum pour assurer le bon déroulement et le succès de la compétition. La finale, disputée à Santiago, avait l'air d'une répétition du match du premier tour (0-0) au cours duquel Pelé a été blessé.
Ce dernier est toujours indisponible. Mais l'équipe brésilienne avec Gilmar, Djalma, Nilton Santos, Didi, Garrincha, Vava, Zagallo, tous présents en 1958, ainsi qu'avec le jeune Amarildo, est suffisamment solide pour rééditer l'exploit d'il y a quatre ans. Longtemps dominé par les mêmes nations, le football mondial connaîtra à partir de la Coupe du monde 1978 en Argentine la naissance de nouvelles puissances, à l'image des équipes africaines (Tunisie, Algérie, Maroc, Cameroun) qui ont donné des sueurs froides aux seigneurs du ballon rond.

-1966: LES ANGLAIS SACRÉS AT HOME
Cette édition, marquant le retour du football à ses racines, là où il est né sous sa version moderne un siècle plus tôt, a été remportée par l'Angleterre, pays hôte, qui s'est imposé 4-2 en finale contre la la RFA et a gagné la première, et à ce jour unique, Coupe du monde de son histoire. Cette finale est restée dans les mémoires à cause du fameux but de Wembley de Geoffrey Hurst à la 101e minute de la prolongation, qui permet à l'équipe hôte de passer devant au score (3-2). Le ballon ayant frappé la barre transversale avant de retomber sur la ligne de but puis d'être dégagé, la question était et reste de savoir s'il avait ou non franchi entièrement la ligne.
Cette édition a été marquée par la présentation pour la première fois d'une mascotte officielle, le lion Willy, par le vol de la Coupe Jules-Rimet lors d'une exposition à Westminster, retrouvée le 20 mars 1966 à South Norwood, quartier au sud-est de Londres, mais également par le boycott des pays d’Afrique et de l’Asie, qui protestaient contre l’attribution d'une seule place aux deux continents comme répartition injuste.

- 1970: LE BRÉSIL CONSERVE LA COUPE JULES-RIMET AU MEXIQUE
Cette édition est remportée par l'équipe du Brésil, grâce à une génération d'attaquants exceptionnelle avec Pelé, Gérson, Jairzinho, Rivellino et Tostão, et qui marque quatre buts lors de la finale face à l'Italie (4-1). Grâce à ce titre, le troisième après 1958 et 1962, le Brésil a conservé définitivement le trophée de la Coupe du monde, appelé « Coupe Jules Rimet ».
La principale innovation concerne l'utilisation de la différence de buts pour départager les équipes à égalité de points, évitant ainsi les matchs d'appui pour les places qualificatives. Pour la première fois, le remplacement de joueurs dans le jeu a été autorisé en coupe du monde, à raison de deux substitutions par équipe pendant un match. L'Union soviétique a été la première équipe à faire un changement dans l'histoire de la coupe du monde contre le Mexique dans le match d'ouverture. Viktor Serebryanikov était le premier joueur à être remplacé, par Anatoly Puzach après 45 minutes.
Cette coupe du monde a également vu la première utilisation des cartons jaunes et rouges, pour signaler respectivement les avertissements et les expulsions, une procédure existant déjà bien avant 1970. Cinq cartons jaunes ont ainsi été distribués lors du match d'ouverture Mexique contre l'URSS, alors que les arbitres n'ont pas eu à sortir un seul carton rouge sur l'ensemble du tournoi. Cette coupe du monde, qui était également la première à être télévisée en couleurs, voit aussi le retour de l'Afrique avec la participation du Maroc, deuxième nation africaine présente en phase finale après l'Égypte en 1934.

- 1974: LE « FOOTBALL TOTAL » PRESQUE FRUCTUEUX DES NÉERLANDAIS
Cette édition se tient en Allemagne de l'Ouest et voit le sacre de la nation hôte, qui bat les Pays-Bas en finale. Cette dernière, emmenée par Johan Cruyff, marque la compétition de son empreinte par sa pratique du « football total ». En effet, au début de la compétition, les Néerlandais ne sont pas favoris de l'épreuve, qualifiés pour la Coupe du monde grâce uniquement à une meilleure différence de buts par rapport à la Belgique et semblant « peu à l'aise » avec les options tactiques de leur nouvel entraîneur Rinus Michels. Mais après le premier tour du tournoi, les rôles sont inversés. Le jeu étincelant des Néerlandais en fait rapidement les grands favoris de l'épreuve.
Grâce à leur système « football total », les Pays-Bas avaient illuminé la compétition, à l'image de leur star Johan Cruijff, surtout en finale quand ils ont failli surprendre les Allemands. La supériorité hollandaise ne tarde pas, en effet, à s'exprimer après à peine une minute de jeu et une série de passes démontrant la grande maîtrise collective des Hollandais, Cruijff est taclé par Uli Hoeness dans la surface de réparation. Les Allemands n'ont pas encore touché le ballon qu'ils sont déjà menés 1-0 (penalty transformé par Neeskens). Ce but reste à ce jour le plus rapide jamais inscrit lors d'une finale de coupe du monde. Cette édition marque également le lancement du trophée appelé « FIFA World Cup ». L'ancienne coupe Jules Rimet est quant à elle définitivement conservée par le Brésil après ses trois victoires en Coupe du monde en 1958, 1962 et 1970.
Le format du tournoi a changé dans sa seconde partie depuis l'édition de 1970 : 16 équipes réparties en quatre groupes de quatre au premier tour. Les deux premières de chaque groupe accèdent au deuxième tour, où elles se retrouvent désormais dans deux poules de quatre (pas d'élimination directe). Les vainqueurs de chaque poule se qualifient pour la finale, et les deuxièmes jouent le match pour la troisième place. La séance de tirs au but pour départager deux équipes ayant fait match nul après prolongation fait pour la première fois son apparition dans le règlement de la Coupe du monde.

- 1978: UN SUCCES TANT ATTENDU POUR LES ARGENTINS.
Finaliste en 1930, l'Argentine remporte enfin, chez elle, sa première couronne mondiale. Mais, le succès des coéquipiers du capitaine Daniel Passarella face aux Pays-Bas, décidément maudits, s'est déroulé sur fond de contexte politique trouble. En dépit de menaces de boycott contre le régime de la gente militaire au pouvoir, toutes les nations se sont rendues à Buenos Aires, y compris l'Iran et la Tunisie dont c'était la première participation. Les gros calibres n'ont éprouvé aucune difficulté pour accéder au deuxième tour, en particulier l'Italie, 1-ère de son groupe devant l'Argentine, la Hongrie et la France. Les Pays-Bas, l'Allemagne et même le Brésil se sont qualifiés, eux, dans la douleur. La Tunisie, unique représentant de l'Afrique, a signé un bon parcours, avec une victoire spectaculaire sur le Mexique (3-1), une défaite difficile face à la Pologne (1-0), et un nul blanc contre l'Allemagne, tenante du titre.
Le deuxième tour a été marqué par la qualification controversée en finale de l'Argentine. Celle-ci devait s'imposer face au Pérou par quatre buts d'écart en dernier match pour arracher le billet de qualification pour la finale aux dépens du Brésil. Mission accomplie pour les coéquipiers de Mario Kempes, auteur d'un doublé, qui s'imposent sur le score de 6-0, un résultat qui vaudra une pluie de critiques acerbes aux Péruviens. Les Néerlandais, conduits par Rensenbrink, ne vont connaître aucun souci majeur pour accéder à la finale. Deux succès sur l'Autriche (5-1) et l'Italie (2-1) et un match nul face à la RFA (2-2) leur assurent une place au soleil. Soutenus par un formidable public, les protégés de Cesar Luis Menotti vont ouvrir la marque grâce à un but de Mario Kempes à la 38è minute. Le score restera inchangé, avant que le remplaçant Nanninga n'égalise à neuf minutes de la fin du match. A deux minutes du coup de sifflet final, Rensenbrink hérite d'une balle dans le carré, s'avance vers le but et tire, le gardien Filloli est battu, mais le ballon est repoussé par le poteau.
Après dix minutes jouées pour le compte des prolongations, les Argentins, plus motivés et nettement supérieurs sur le plan physique, vont trouver une nouvelle fois le chemin des filets grâce au même Kempes, qui signe son sixième et dernier but pour s'approprier le titre de meilleur buteur de cette édition. A la 114e minute, Bertoni brisera les espoirs des Hollandais de remonter leur handicap. A 3-1, l'Argentine est assurée de sa première consécration mondiale, acquise au prix d'un calendrier favorable et d'un arbitrage "compréhensif".

- 1982: LA SQUADRA AZZURA REJOINT LE BRESIL.
Cette édition regroupe vingt-quatre équipes au lieu de seize, soit un nouveau pas vers le gigantisme de cet événement planétaire. Cet élargissement profitera à l'Afrique, l'Asie-Océanie et la Concacaf (Amérique du nord, centrale et Caraïbes), qui sont représentés désormais par deux pays chacune. L'Europe se taille la part du lion avec quatorze représentants contre quatre seulement pour l'Amérique du sud.
Si le Brésil prend un départ de choix au même titre que la Belgique, surprenante vainqueur de l'Argentine en match d'ouverture (1-0), et l'Angleterre, qui marque le but le plus rapide l'histoire de la coupe du monde contre la France (Bryan Robson à la 27è seconde), la RFA et l'Italie (futurs finalistes) ont peiné avant de se voir qualifier. A Gijon, Allemands et Autrichiens se livrent à une parodie de match pour barrer la route au deuxième tour aux Algériens, vainqueurs de la RFA (2-1) et du Chili (3-2).
Face à des Autrichiens, qui ont carrément levé le pied, les Allemands obtiennent les trois points de la victoire (1-0), synonymes de qualification pour le prochain tour grâce à une meilleure différence de buts par rapport à l'Algérie, défaite lors de son deuxième match par l'Autriche (0-2). L'Italie, elle, était incapable de vaincre la Pologne (0-0), le Pérou (1-1) et le Cameroun (1-1), mais se qualifie au bénéfice de la meilleure attaque avec deux buts.
Le Cameroun, représentant de l'Afrique avec l'Algérie, n'en inscrit qu'un seul et sort avec tous les honneurs après trois matches nuls (0-0 contre le Pérou, 0-0 face à la Pologne et 1-1 contre l'Italie). La Squadra Azzura est loin de faire figure de vainqueur, au même titre que le onze espagnol, battu par les Irlandais du nord réduits à dix (0-1), et qui ne doit sa qualification qu'à un arbitrage très favorable. La joie des Espagnols ne durera pas longtemps, puisqu'ils quitteront la compétition après une défaite au deuxième tour contre la RFA (2-1) et un nul blanc face aux Anglais, qui arrange les affaires des Allemands.
Auparavant, la Pologne avait gagné le premier ticket des demi-finales en venant à bout de la Belgique grâce à un triplé de Boniek (3-0), puis en accrochant l'URSS (0-0). La France n'aura pas à forcer son talent pour prendre le dessus sur l'Autriche, avant de réussir un festival de buts face à l'Irlande du nord (4-1).
Dans le groupe C, le Brésil, qui compte dans ses rangs des joueurs d'une classe hors pair à l'image de Cerezo, Falcao, Zico et Socrates, est donné grandissime favori face à l'Argentine et l'Italie. Il confirme ses prétentions en battant l'Argentine (3-1) dans un match marqué par l'expulsion de Diego Maradona après une agression sur la personne de l'arrière gauche Edevaldo. Le Brésil devra alors en découdre avec l'Italie, également vainqueur de l'Argentine par 2-1. Un match nul qualifie automatiquement les Brésiliens, mais c'était sans compter avec la combativité et l'acharnement des Italiens, qui vont se retrouver à l'image d'un Paolo Rossi, auteur des trois buts de son équipe (3-2).
Sur sa lancée, l'Italie domine facilement en demi-finales la Pologne, privée de son meneur de jeu Boniek (2-0), alors que la RFA arrache un billet inespéré grâce aux tirs au but (5-4) face à une formidable équipe française, qui a gratifié le public d'un spectacle de haute facture lors d'une demi-finale inoubliable (3-3 au terme du temps réglementaire et des prolongations). Les Allemands ont eu à payer cher leur course-poursuite contre la France, en finale face à des Italiens, encouragés par les ''Tifosi'' nombreux à avoir afflué vers le stade Bernabeu de Madrid.
Après un penalty manqué par Antonio Cabrini en première mi-temps, Schumacher ira chercher le ballon à trois reprises au fond des filets, sur des buts de l'inévitable Rossi (57è), Tardelli (69è) et Altobelli (81è). Les Allemands sauvent l'honneur en fin de match par Paul Breitner. Bearzot confirma au monde entier qu'il n'avait pas tort de faire confiance à Paolo Rossi, qui revient sur les terrains à moins de quatre mois du début de ces phases finales après une suspension de deux ans, suite à un scandale de paris clandestins dans le Calcio.
L'Italie, sèchement critiquée en début de compétition, a également démenti tous les pronostics. Le capitaine Dino Zoff, joueur le plus âgé à avoir gagné une coupe du monde, brandit le prestigieux trophée à 40 ans, 4 mois et 13 jours. Après les titres de 1934 et 1938, l'Italie rejoint le Brésil au palmarès et égalise le record de trois consécrations.

- 1986: IL ETAIT UNE FOIS... DON DIEGO MARADONA.
Seize ans après, la Coupe du monde est retournée au pays du football Roi: Le Mexique, désigné à la place de la Colombie. Un mois durant, le peuple mexicain enthousiaste, chaleureux et sympathique a enchanté le monde entier par sa folie pour le ballon rond, Maradona a séduit par sa virtuosité et sa classe, le Brésil a fait vibrer le monde au rythme de sa samba et la France a ébloui par ses exploits et les coups de génie de sa vedette Platini. Pour ce rendez-vous, une nouvelle formule est adoptée: Le principe de six groupes de quatre équipes au premier tour est conservé, mais, ensuite, place à d'attractifs huitièmes et quarts de finale.
Le premier tour a été marqué par les exploits du Maroc, du Danemark et du Mexique, qui ont charmé les foules. Le Maroc a terminé premier de son groupe devant l'Angleterre, la Pologne et le Portugal. La bande du gardien Baddou Zaki a réussi un parcours sans faute avec deux matches nuls et une belle victoire face au Portugal (3-1), dont un doublé de Khairi, signant au passage la première participation d'un pays africain à la deuxième phase d'une coupe du monde.
Les Lions de l'Atlas ont impressionné par leur homogénéité, une grande finesse dans le jeu, et la hargne en défense. Les protégés du Brésilien Mehdi Faria tiendront la dragée haute aux Allemands en huitième de finale au cours de laquelle le capitaine allemand Rummenigge s'est arraché les cheveux en voyant Zaki aller chercher miraculeusement le ballon sur la ligne du but. Mais un coup de pied arrêté de Matthaus, à quelques minutes de la fin, allait mettre fin à la belle aventure des Lions de l'Atlas, qui ont eu droit, par la suite, à tous les honneurs.
Pour sa première participation à une phase finale de la Coupe du monde, le Danemark a prouvé qu'il n'a rien à envier aux grandes nations footballistiques. Avec les Danois, la Coupe du monde a pris des allures de fête. Son jeu pétille, ses joueurs s'amusent et son attaque cartonne. Tour à tour, les Vikings ont fait tomber l'Ecosse (1-0), étrillé l'Uruguay (6-1) et humilié l'Allemagne, pourtant entraînée par le Kaizer Beckenbauer (2-0). Cependant, lors d'une épreuve aussi longue, encore faut-il savoir s'économiser, surtout lorsque l'on joue à plus de 2.000 m d'altitude. Les Danois seront ainsi victimes de leurs efforts dispersés au premier tour, en concédant une lourde défaite en huitièmes de finale face à l'Espagne (5-1).
L'URSS, une autre équipe qui a donné des sueurs froides à plusieurs équipes après avoir atomisé la Hongrie (6-0), tenu en échec la France (1-1) et malmené le Canada (2-0), a déraillé à son tour au cap des huitièmes de finale face à la Belgique (3-4 a.p). L'équipe de France complète la liste des heureux élus pour les quarts de finale, en éliminant sans grandes difficultés les tenants du titre italiens (2-0). Un quart de finale s'annonce donc explosif à Guadalajara avec France-Brésil, et effectivement cette rencontre tiendra toutes ses promesses et le monde entier est gratifié d'un fabuleux spectacle de cent-vingt minutes et une victoire au finish de Platini et compagnie sur la bande à Zico (1-1 après prolongations, 4 tirs au but à 3).
L'Argentine, de son côté, élimine tout d'abord l'Angleterre (2-1), avec deux buts inscrits par un Maradona insatiable, puis la Belgique (2-0) avec un nouveau festival du ''Pibe de Oro''. La France, fatiguée, ne peut prendre sa revanche de Séville (1982) et s'incline face à la RFA (2-0) en demi-finales.
Le stade Azteca est pris d'assaut par les supporters argentins et allemands. Sur ce continent américain où les Européens n'ont jamais gagné, les Allemands s'inclinent en finale face aux Argentins (3-2). Brown, Valdano et Burruchaga sont les bourreaux de Schumacher. L'Allemagne perd ainsi sa deuxième finale consécutive malgré un retour au score en fin de match, grâce à Rummenigge et Voler. Maradona est rayonnant de joie, il a inscrit cinq buts le long de la compétition et exécute sept passes décisives sur les 14 réussies par son équipe.
Après Pelé, Don Diego, un joueur aux qualités techniques uniques, a marqué à jamais l'histoire du football mondial. Comme on dit, il y a de bons musiciens, mais un seul maestro.